Artisan ébéniste : le portrait de Jérémie Lopez, l’atelier Kwantiq

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Artisan ébéniste : Jérémie Lopez

Présentez-vous, qui êtes-vous ? Quel est votre métier ?

Jérémie Lopez, 37 ans, né à Pau, après un bac scientifique et un cap d’ébénisterie. J’ai été admis à l’école Boulle à Paris pour obtenir le diplôme des métiers d’arts. J’exerce aujourd’hui le métier d’ébéniste. 

En quoi consiste votre métier d’ébéniste ?

Mon métier consiste à l’imagination, la conception et la fabrication de mobilier d’art sur-mesure : meubles, agencement, pièces décoratives…

Le mobilier est appelé à être déplacé, les agencements sont plus fixes inscrits dans un lieu et un espace-temps plus précis.

Qu’est-ce qui vous a amené à devenir artisan menuisier et ébéniste ? Quel a été votre parcours ?

J’ai toujours eu une relation assez proche avec le bois, avec un grand-père à la campagne. À la sortie de l’école, ou en vacances, je me trouvais chez mes grands-parents. À ses côtés, j’ai pu réaliser des arcs en bois de noisetier. J’ai créé mes propres cannes à pêche en bambou pour aller à la rivière. Mon grand-père maternel était maçon. J’ai pu apprendre les principes de construction en l’aidant sur quelques chantiers. 

Plus jeune, j’avais pensé être architecte afin de lier le goût de la construction à celui de la matière « Bois ». Mais l’amour du bois a fait de moi un ébéniste. 

Avez-vous une spécialisation ? Si oui, laquelle et pourquoi ?

Je suis spécialiste dans le mobilier d’ébénisterie d’art. C’est un mobilier fonctionnel et de style qui me passionne.

Le mobilier d’art permet de fusionner la poésie de l’artistique et les mathématiques avec des études de proportion et d’esthétique.

Table basse de l’atelier d’ébéniste Kwantiq

Les mathématiques appliquées et la physique appliquée me permettent d’être au service du matériau afin de redonner la noblesse de l’arbre. Le bois une fois transformé en mobilier, a une seconde vie, avec un rayonnement le plus noble et le plus long possible. Voici l’éthique de mon métier : rendre le bois durable tout en évitant de travailler les dérivés du bois qui sont non pérennes.

Quelle est l’histoire de votre atelier ?

J’ai commencé, juste après l’école Boulle, dans un atelier partagé. Mes motivations ont été l’envie d’entreprendre et la volonté d’avoir ma propre expérience. L’atelier se trouvait en banlieue parisienne, mais rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé. De trop importantes divergences avec mon associé ont arrêté notre collaboration. J’ai dû tout vendre pour retrouver une liberté d’esprit : mais sans aucun moyen de production pour les projets de 2012 à 2015.

De 2015 à 2020 j’ai exercé mon activité grâce aux ateliers d’amis et de connaissances de l’école Boulle. Récemment, j’ai pu reprendre un ancien atelier en partage avec le propriétaire et qui à long terme pourra m’appartenir. 

Anecdote : pour le deuxième projet LILM : j’ai réalisé le projet dans cet atelier avec une liberté de création que j’avais oublié. Ça a été un réel plaisir de produire des projets dans un atelier adapté à mes créations. 

Comment définiriez-vous votre journée type ?

Il n’y en a pas, toutes les journées sont différentes, j’aime ma passion et mon quotidien. Chaque jour se déroule avec des plans, des réflexions de projet, des demandes de devis. Je fais dans le présent tout en prenant en compte le passé pour créer le futur. 

Quelle est votre organisation pour garder une vie personnelle ?

Je me libère l’après-midi pour réfléchir à un nouveau projet, en étant au contact de la nature le matin. Ou au contraire travailler très tôt, pour trouver dans l’espace de nuit une atmosphère que j’aime. Quand la lumière s’éteint, les bruits disparaissent et la créativité s’allume. Mon métier étant ma passion, j’arrive facilement à mixer ma vie d’ébéniste, à ma vie personnelle.  

Existe-t-il des inconvénients dans le métier d’ébéniste ? Si oui, lesquels ?

Les inconvénients c’est faire face aux imprévus. Être entrepreneur est une grande liberté, mais sous contraintes. Je dois changer de programme à la demande d’un client, faire attention à la qualité du travail, ne pas perdre ma conscience professionnelle. 

Était-il important pour vous de devenir votre propre patron ? Si oui, pourquoi

Oui, je peux répondre avec mon écriture artistique, et marquer mon empreinte. L’indépendance me permet de jouir de la liberté d’entreprendre. Je n’ai pas de journée type. Je peux anticiper les retards. La nouveauté me surprend toujours. Je suis libre de mon temps de travail. Je peux rester fidèle à mes idées. Le plus stimulant est de se démarquer des autres en suivant une ligne qui est la mienne. Pour une même demande, chacun va répondre différemment en fonction de ses envies et de ses capacités.

Arrivez-vous à vivre de votre activité d’artisan ? Si oui, depuis quand ?

Réussir à en vivre ; tout dépend de ce que l’on entend pour vivre. À une époque, je n’avais pas de soucis d’argent, mais je n’étais pas heureux. Maintenant, j’en ai moins mais je suis épanoui dans mon activité d’artisan. 

L’argent n’a jamais été une réussite en soi, mais réussir sa vie grâce à son métier, oui. La journée idéale est celle où tu te lèves avec des étoiles plein l’esprit et où tu te couches avec d’autres étoiles. La sérénité est plus importante que tout. Les difficultés n’empêchent pas d’être heureux.  

En 2015, je travaillais pour le musée du Louvre à la section arts décoratifs et je dormais à la rue. Des amis m’hébergeaient, mais pas tous les soirs. Dans ces moments-là, la valeur de la vie prend toute sa dimension. Je connais la base des choses pour survivre, marcher droit. Ce sont des expériences hyper enrichissantes, de développement de soi et du point de vue professionnel. De nature optimiste, j’estime qu’il n’y a jamais de problèmes il n’y a que des solutions. Cette valeur-là, je la retranscris par la construction de meubles qui ne sont pas standards. Des problématiques particulières et je cherche la solution ou les solutions qui s’adapteront le mieux à chaque paramètre 

Quels sont les outils de menuiserie que vous préférez ?

 J’affectionne les outils manuels et les outils automatiques : chaque outil à ses avantages et ses inconvénients. 

Le racloir : qui sert à faire de la finition, la plaque de métal qui est affûtée permet de polir le bois sans le rayer, cet outil bien aiguisé fait chanter le bois. J’aime beaucoup un outil automatique : la scie à ruban, qui permet de choisir un trait le plus précisément possible c’est le chantournage.

Les outils numériques de découpe permettent de mêler la recherche et la conception d’une certaine forme. La machine va la reproduire avec tous les détails. Il est possible de complexifier les créations mais sans phases de programmation (codage) en amont, la création est impossible. 

C’est jubilatoire de voir la machine comme une marionnette : comme le déploiement du cerveau et des mains par la technologie. Les machines automatiques permettent de créer des formes plus originales et poussées dans leurs complexités que de simples machines manuelles.

Quels sont vos matériaux ou essences de bois de prédilection ?

J’aime toutes les essences de bois, il y a tellement de possibilités. En fonction de leurs caractéristiques et de leurs veines ou bien encore de leurs couleurs, tout est réalisable. 

Par exemple : les bois exotiques, l’ébène est quasi noire, le padouk possède un ton rouge marqué, l’amarante aux tons violacés.

J’adore mettre en opposition et/ou en harmonie des bois avec une dureté ou une densité qui diffère. 

Ce mélange de couleurs et de caractéristiques physiques ou stylistiques permet de créer la surprise et l’inattendue par l’émotion. 

Associées aux proportions subtiles la création acquiert une résonance particulière au ressenti de l’acheteur. La géométrie sacrée et le carré du nombre d’or fait paraître la création familière à tous. 

En tant qu’ébéniste avez-vous un mobilier ou une création signature ? 

Atelier Kwantiq

Un mobilier ou une création signature, il y en a deux : 

Dans un premier temps il y a cette table en acajou sculpté avec les bronzes en carbone et fibre de verre, argenté à la feuille. Le dessus est en cotte de maille. La subtilité de ce meuble est la clé du tiroir caché, en enfonçant la boule à un endroit précis un tiroir en jersey 3D se dévoile. C’est le meuble de ma réussite à l’école Boulle. Cette table rassemble le présent et le futur avec la rationalité de la science par sa complexité et son contraire organique par ses nobles matériaux. C’est également une réflexion sur notre place dans l’univers. 

Atelier Kwantiq

La seconde table reprend le design des rayons du soleil par son fraisage en soleil. Le bois teinté et replaqué avec du bois africain (le framiré) est assemblé à du verre. Les pieds de la table sont à l’image des 8 autres planètes semblables à la nôtre et le verre représente le vide infini.

Dans 10 ans espérez-vous toujours faire ce métier ?

Je le souhaite jusqu’à mon dernier souffle en continuant de donner des lettres de noblesse au bois. J’ai la volonté de réaliser plus de projets pièces signature.

Le meuble carte blanche me permet d’exprimer toute ma créativité. Quelques fois on me permet de l’exprimer sans trop de contraintes, avec le projet de bar et comptoir sur-mesure trouvé sur LILM pour lequel la cliente m’a permis de laisser libre cours à mon imagination.

Un conseil pour ceux qui rêvent d’une reconversion menuisier ou ébéniste ?

Être passionné, être animé par une volonté sans faille car on peut se retrouver vite débordé ou dépassé par les difficultés pour pouvoir tenir sur le long terme. 

Comment LILM vous accompagne au quotidien ?

Au début, j’avais beaucoup de demandes standards, après en avoir bien discuté avec les membres administratifs de la plateforme. J’ai pu voir un réel changement en termes de demande de projet avec une sélection affinée à mes exigences. Ce qui me permet aujourd’hui de me positionner pour du luxe et du haut de gamme.

L’accompagnement par les membres administratifs est très qualitatif avec un savoir-faire adapté à vos valeurs. Ce qui est très important pour moi, c’est que la plateforme est composée de vrais humains derrière chaque suivi de projet. 

LILM c’est une prestation sur mesure accompagnée d’un suivi humain sur mesure.

Conseillerez-vous LILM à d’autres artisans ? Si oui, pourquoi ?

Oui tout à fait. Les diverses qualités de projets proposés, il y en a pour tout le monde. Nous n’avons pas tous la même manière de travailler. Il est possible de trouver des projets pour tous les styles de créations. Avec un tel suivi humain, on s’attend à des coûts très élevés alors que LILM reste abordable par rapport à la valeur que vous pouvez en tirer. C’est un support qui peut vous aider considérablement si vous prenez le temps de le dompter et de l’utiliser à bon escient.

Quelques créations de l’ébéniste Kwantiq